…Eglise Saint-Vaast…
« La cloche à la danse macabre »

Après avoir été au matin même à Bouvines, nous avions rendez-vous à quelques kilomètres de là, dans la petite ville de Chéreng. Ce gros bourg d’environ 3 100 habitants est situé à proximité de l’autoroute A27 avec une bretelle d’accès non loin de là, à Caphin-En-Prévèle, ce qui facilite les accès à Lille, mais aussi chez nos voisins Belges. La commune voit passer La Marque, qui est un cours d’eau offrant au passage pour les randonneurs, un bout du GR121B, allant de Bailleul à Rieulay. Chérang se trouve à mi-distance entre ces deux points. Outre sa superbe église, la commune possède un patrimoine exceptionnel, à commencer par le Château De Montreuil, qui fut érigé en l’an 1 783 par Pierre DE TAVERNE. Ce château doit voir ses travaux de rénovation débuter dans quelques semaines à l’heure où j’écris ces lignes. Quasiment alignée à la rue menant au château, nous pouvons également y découvrir sa superbe mairie en briques rouges de style Flamande, avec ses pignons en escalier et son imposant clocheton. La vie y est paisible, et les habitants ne manquent de rien à Chéreng.
…L’édifice…
L‘église néo-gothique sous le vocable de Saint-Vaast, fut construite à partir du 15e siècle, et fut par la suite, comme de nombreuses autres églises, agrandie durant les siècles qui suivront (19e & 20e). La vue depuis la rue principale est très jolie, et c’est d’ailleurs l’une des vues sur l’église qui revient le plus sur les cartes portales anciennes. Son clocher « Iverny » (Flèche accompagnée de petites fléchettes à chaque coin) n’est pas très haut, donnant à l’église un caractère très particulier que j’apprécie très fortement. L‘ensemble du bâtiment est constitué de briques rouges et ses imposantes charpentes refaites en 2 019, sont constituées d’ardoises. Nous pouvons admirer sur le bas-côté, la présence d’une ancienne ouverture qui fut depuis longtemps rebouchée. A la couleur des briques, nous pouvons deviner les parties agrandies au 20e siècle: les transepts. Depuis, l’église est en forme de croix. Enfin, environ 40 vitraux sont visibles, offrant à l’église une véritable symphonie de couleurs lorsque le soleil est présent.
Dès que nous pénétrons à l’intérieur de cette église, nous pouvons directement observer les peintures murales qui semblent être assez récentes, dans les tons roses et blancs, ainsi que les 10 piliers qui semblent être faits en pierres de Tournai. L‘église possède plusieurs objets classés, dont l’une de ses cloches, mais ça, nous avons le temps d’y revenir plus bas. L‘objet le plus ancien au sein de la bâtisse est sans doute ses Fonts Baptismaux, qui serait daté du 12 e siècle, le plaçant ainsi parmi les plus vieux des Hauts-De-France. Ce dernier est en pierres de d’Ecaussines (Région de Tournai), et possède 4 visages finement sculptés regardant les 4 points cardinaux de leurs regards puissants et profonds. Il semblerait que ce fut un don à l’abbaye de Cysoing d’où dépendait Chéreng, d’Evrarde alors évêque de Tournai. Nous pouvons également en plus de ces 4 visages, découvrir de superbes motifs de vignes, symbole de vie et de l’eucharistie. Autres objets classés, plusieurs statues du 19e, les autels Saint-Vaast et de la Vierge du 18e ainsi que plusieurs chandeliers. 7 plaques funéraires sont également classées. Je pense avoir fait à peu près le tour. Comme toujours, je vous invite à venir découvrir l’église de vos yeux!
…Les Cloches…
La montée est relativement simple, rapide et sécurisée, et une fois en haut, nous avons le plaisir de découvrir un clocher bien rempli! Trois cloches se balancent sur ce beffroi daté de 1 766, avec comme disposition la plus petite d’un côté, la moyenne au milieu, et la grande de l’autre côté. C’est assez surprenant, puisque très généralement, pour équilibrer les efforts fournis au beffroi et par extension, à la maçonnerie, la grande se retrouve au milieu. Les archives nous font remonter le temps d’une génération de cloches, et vous allez le voir, la plus vieille des cloches ayant servi à Chéreng se trouve toujours en place dans le clocher! Que ce soit via les archives, ou directement sur les cloches actuelles, les traces de leurs présences sont bien visibles. Sur les archives, nous apprenons énormément de choses. Tout d’abord, la grand’cloche se nommait Catherine-Thérèse en lien avec la marraine de la cloche, nommée Catherine-Thérèse-Joseph IMBERT. Elle fut la mère du parrain qui fut lui le Seigneur du village, Mr Jacques-Augustin-Joseph IMBERT(1 754 – 1 830). Pour la seconde cloche, ce fut toujours Jacques-Augustin-Joseph IMBERT le parrain, quant à la marraine, toujours de la même dynastie, c’est cette fois-ci Marie-Euphrosine-Joseph IMBERT (1 753 – 1 816). Comme pour la grand’cloche, le nom qui lui avait été choisie fut les prénoms de la marraine, Marie-Euphrosine. Ces informations, nous pouvons également les retrouver via les inscriptions présentes sur les « nouvelles cloches », cependant, il y a d’autres informations qui elles, ne sont que sur les archives, comme par exemple de quelle fonderie ces cloches avaient été fondues. Ces anciennes cloches furent fondues chez nous amis belges, par un certain Denis-Joseph Vandale, qui officiait comme fondeur de cloche à Tournai. Ces cloches furent bénites sous le pastorat de Mr DELEBECQUE , avec les présences de Mr RICHEBE (Bailly), Mr VANGELLE (Lieutenant), J-J. FOURNIER, Jean-François LESTIENNE, P-J DERRET (Echevins) & S-J BARREZ (Greffier). Ces deux cloches seront tristement arrachées à leur clocher, par les Allemands durant la « Grande Guerre » de 14/18, elles seront par la suite remplacées. Je n’ai volontairement pas parlé de la petite cloche, puisqu’elle fut miraculeusement épargnée, et sonne encore de nos jours à Chéreng. Pour ces nouvelles cloches, les noms eux n’ont pas changé, cependant, il y a tout de même de nouveaux couples de parrains/marraines.
…Cloche 1…
Catherine-Thérèse
Diamètre 118,5 cm, Poids 980 kg, Fondue en 1 930 par la Charles Wauthy, à Douai, Chante le Mi3
La plus grande de ces 3 cloches fut fondue en 1 930 au sein de la fonderie Wauthy, située à Douai. Ce ne fut pas plus Charles à la tête de la fonderie, puisqu’il décédera 1 an plus tôt. Bien que Charles Wauthy ne fut de ce monde, la fonderie continua d’user de son nom jusqu’à la cessation de ses activités en 1 939, lors du début de la 2e Guerre Mondiale. Pour en revenir à cette campane, elle porte le nom de Catherine-Thérèse, elle eut pour parrain Mr Pierre LEPERS-CRESPEL, & Mr Romain LEPERSE-DUQUENNOY. Quant aux officiels présents pour la bénédiction, il y avait bien sûr le père Edouard FOURNIER, et le maire de la commune, Mr LEPERS Pierre qui n’est autre que l’un des parrains. Le visuel de la cloche est semblable à ce que nous trouvons sur la grande majorité des cloches Wauthy, à savoir plusieurs frises végétales, et des inscriptions en lettres majuscules d’environ 3 cm de haut. La frise haute représente la vigne, celle en dessous des inscriptions, des mûrs, et enfin, la dernière, située bien plus bas, s’apparente à des motifs de floraux. Nous retrouvons également le Christ d’un côté ainsi que la cartouche Wauthy sur la face opposée. Enfin, le nom de la cloche ainsi que l’année de fonte de l’ancienne cloche sont situés entre deux fleurs de lys. Les dimensions de cette cloche sont les suivantes: Son poids calculé est de 980 kg avec une épaisseur à son point le plus épais de 8,4 cm. Enfin, son diamètre lui est de 118,5 cm.
…Cloche 2…
Marie-Euphrosie
Diamètre 105,8 cm, Poids 695 kg, Fondue en 1 930 par la Charles Wauthy, à Douai, Chante le Fa#3
Ayant exactement les mêmes ornementations et les mêmes personnalités importantes de la commune (Maire, Curé, fondeur et année de fonte), je vais de ce fait m’attarder seulement sur les personnes liées à la cloche. Nommée ici aussi comme sa prédécesseure, Marie-Euphrosie, son parrain fut Mr Léon DESCONSEILLEZ-CARETTE, Médecin & Jules DUQUENNOY-SALEMBIER. Nous avons sur la cloche 6 lignes d’inscriptions, dont 2 assez courtes, avec ici aussi la date de fonte de l’ancienne cloche, et son nom. Ici, la cloche est plus légère que sa grande sœur puisqu’elle pèserait environ 695 kg. Son diamètre également est moins élevé: 105,8 cm. Avec ces dimensions, la cloche chante un Fa#3.
…Cloche 3…
Marie-Angélique
Diamètre 101,7 cm, Poids 660 kg, Fondue en 1 754 par François-Joseph Corsin, à Lille, Chante le Sol#3
Nous allons conclure la présentation de ces 3 cloches par ce qui est la pièce la plus intéressante du lot! Comme dit dans la description rapide de l’intérieur de l’église, la cloche est classée aux Monuments Historiques au titre des objets depuis 1 906, soit, un an après la loi de séparation de l’église et de l’Etat. La cloche possède des décors rares et surtout très intéressants, comme sa fameuse frise macabre aux multiples détails. Pour tout vous dire, cela fait 7 ans que je siphonne les clochers du Nord-Pas-De-Calais, et à ce jour, je n’ai découvert que 3 cloches, celle-ci incluse, possédant une telle frise. Il est donc fort à parier que les patrons servant à faire les moules en cire de ces décors, se sont transmis de fondeur en fondeur lors des reprises successives de la fonderie Lilloise. A Boeschèpe, nous en retrouvons une (Fondeur Claude MICHELIN 1 625), à Socx également (Fondeur Pierre CAMBRON 1700), et enfin ici même (CORSIN 1754). Cette frise est composée de plusieurs panneaux se répétant où nous voyons 4 personnages danser ensemble: deux de chair et d’os, et deux autres, de part et d’autre des vivants, faits d’os. J‘y vois une métaphore de la vie: « La mort ouvre le bal, la vie passe, et la mort le referme ». C‘est cette particularité qui fait de la cloche de Chéreng, l’un des objets liturgiques les plus curieux de Chéreng.
Juste sous ces curieuses ornementations, nous pouvons lire les inscriptions, et pour ne pas nous perdre, chaque début de ligne est signifié par une plume. Messire Louis DE CARONDELET, le parrain de la cloche, possédait plusieurs titres de Noblesse, comme celui de Baron de Noyelles, Vicomte d’Hestre & Seigneur de Haine-Saint-Pierre & Briastre (Près de Cambrais). Une personne très influente vous l’aurez compris, qui se maria avec Mme Marie Angélique Bernard DE RASOIR, qui fut elle Dame de Chéreng, Baronne Desblondries Sertaux, et Vicomtesse du pais de Langle. Je ne peux vous dire à quels lieux correspondent ces noms tant le toponyme ne correspond à aucun lieu aux alentours de Chéreng. Durant leur union, nous pouvons aisément le dire, ils ont fait fructifier leur famille, avec au final, pas moins de 17 enfants issus de leur amour. Elle décéda en 1 778 à l’âge de 62 ans et sera enterrée à Briastre. Nous retrouvons d’ailleurs les armes des familles CARONDELET & RASSOIR collées l’une à l’autre, avec de vifs moulures offrant de beaux jeux de lumières pour les photos. Pour en finir avec les personnalités présentes sur la cloche, nous avons également Mr Jean-François-Joseph RICHERE, Conseillé du Roi, receveur des amendes et espèces du bureau des finances de la généralité de Lille, bailly du dit Chéreng. Sur le bas de la robe, nous retrouvons enfin la signature du fondeur lillois François-Joseph CORSIN (1 716 – 1 765), accompagnée de la date de fonte 1 754. Une vraie miraculée donc puisqu’elle survécut comme ses deux anciennes sœurs à la Révolution Française, ainsi qu’aux deux Guerres Mondiales ayant secoué notre nation. Pour finir sur les aspects esthétiques, la cloche possède un profil assez brut, avec des épaules très saillantes (La cassure de la cloche entre le cerveau et la robe), et une panse assez marquée, conférant à Marie-Angélique, un son de caractère très reconnaissable. Nous pouvons noter que le battant fut changé assez récemment, possédant un acier plus tendre afin de prolonger et protéger la cloche durant des décennies encore. La cloche mesure 101,7 cm de diamètre, pour un poids estimé à 660 kg. Le petit fait amusant est qu’elle est plus épaisse de 2 mm à son point de frappe que sa Grande-Sœur directe. Le poids est de ce fait, un peu plus renforcé que la moyenne.
…La Vidéo…
…Mes Remerciements…
Je remercie l’ensemble de la municipalité de Chéreng, pour ses autorisations délivrées pour la réalisation de ce petit reportage au sein de leur clocher.
Je remercie tout autant la Paroisse L’Emmanuel (Chérang) représentée par le père ADAM, pour sa bénédiction pour la réalisation de reportages au sein de sa paroisse.
J‘envoie mes remerciements également à Mr G. Coquelet, qui est la personne s’occupant de l’église, pour son accueil au sein de l’église, ainsi que pour l’ouverture du clocher
Je tiens à remercier très chaleureusement Thomas R., Carillonneur & Campaniste, pour sa présence durant cette superbe journée
Je remercie également notre cher Baptiste S., Dit aussi « Le Sonneur Du Nord », pour toute l’aide apportée et sa collaboration pour ce petit reportage campanaire
Visite réalisée le 29 Août 2 026 à partir de 14h00







































