…Eglise Notre-Dame-De-L’Assomption…
« Une sonnerie d’église jurassienne fortifiée riche en histoire »

C‘est déjà la dernière visite de notre marathon campanaire en terres jurassiennes, mais quoi de plus beau que de finir dans l’un des plus beaux villages jurassiens, riche en histoire et de caractère? Je trouve que nous ne pouvions pas mieux faire. C‘est donc à Orgelet que nous allons nous rendre afin d’en apprendre davantage sur les cloches ainsi que son église. Orgelet est magnifique, comme je viens de vous le dire, le village possède un patrimoine absolument magnifique, qui n’a presque pas bougé depuis des siècles. Le centre-ville est composé de vieilles maisons en pierres jaunes typiques de la région. La mairie vaut également le coup d’œil, tout comme les ruines du château d’Orgelet. Pour les amateurs de photographies, une belle vue sur le village s’offre à vous en montant justement la rue du château. Les plus sportifs pourront se rendre à la statue de la Vierge via un petit sentier, une marche qui dure à peu près 1 heure en partant du village. Bien que la population décroit, elle reste au dessus des 1 500 habitants répartie dans la ville, mais aussi différents hameaux: Bellecin, Merlia, Vampornay et Sézéria, dont nous allons en reparler dans un autre article.
…L’édifice…
L‘église fortifiée d’Orgelet est sous le vocable de Notre-Dame-De-L’Assomption. Sa construction débuta au 15e siècle, mais en 1 606, un incendie ravagea le village, l’église n’y échappera pas. Seul le clocher et les chapelles sont conservés, elle fut donc reconstruite et agrandie. La fin des travaux se fait en 1 627. Le clocher actuel, élevant l’édifice à plus de 55 mètres, prit place en 1 658. De nos jours, nous voyons cette belle église aux pierres jaunes très aisément depuis la route pour allée à Saint-Claude, et Lons-Le-Saunier. C‘est l’une des plus belles églises qui m’ait été donnée de découvrir durant les 10 ans de reportages campanaires!
L‘église fut entièrement restaurée en 1 994, et est depuis, choyée par ses élus locaux. L‘intérieur est assez atypique puisque sa nef, forme davantage un carré qu’un long rectangle comme dans la grande majorité des cas. Nous pouvons y voir de belles voûtes, mais aussi, dans l’un des transepts, une mosaïque provenant du château désormais détruit. L‘église possède également un bel orgue en tribune, ainsi que de beaux retables. Franchement la rénovation a été faite avec goût, même si l’autel cubique peut en perturber plus d’un, mais ce n’est clairement pas mon cas, et j’aime cette audace!
…Les Cloches…
Après une longue ascension jusqu’à la chambre des cloches, nous pouvons y admirer trois belles cloches, toutes posées sur un grand beffroi composé de poutres et de poteaux en bois. Elles sont toutes côte à côte, avec au centre, la plus grosse des cloches. Plus haut, dans le lanternon nous offrant une vue à couper le souffle, nous avons encore trois cloches à admirer. Pour ce qui est de l’ancienne sonnerie, nous savons qu’avant révolution, l’église possédait les trois petites cloches du lanternon et la grande cloche de volée, en revanche, trois autres furent descendues pour y être refondues, ce qui faisait un total de 7 cloches en 1 789, dont 4 sonnant à la volée.
…Cloche 1…
Jeanne
Diamètre 145,5 cm, Poids 1 645 kg, Fondue en 1 725 par Charles et Alexis Jolly, de Breuvannes, Chante le Do3
La plus grosse des cloches de volée est certainement la plus intéressante des 6, même si ce n’est pas la plus ancienne, nous avons là, l’une des rares cloches prérévolutionnaires encore en activité, puisque comme vous le savez si bien, durant cette période, bon nombre de cloches furent enlevées de leurs clochers afin de les faire refondre. En 1 697, la cloche fut refondue suite à la fêlure de sa prédécesseure, et d’après les archives gentiment fournies par la mairie, c’était déjà la famille « Jolly » qui fut missionnée pour la refondre sur site, elle sonna 28 ans, et se fêla de nouveau. En 1 725, elle fut donc de nouveau refondue par les frères Alexis et Charles Jolly. Nous le savons grâce à leurs signatures présentes sur la cloche, et si nous en croyons les inscriptions, il fallut deux refontes pour obtenir satisfaction, car lors du démoulage, la cloche voulue se fêla. Ces fondeurs étaient originaires de Breuvannes et nous retrouvons encore quelques cloches en Franche-Comté. De mes yeux, j’ai vu une cloche d’Alexis Jolly à Poligny (1 683), et une autre de Michel Jolly, cette fois-ci, à Chapelle-Des-Bois. Il fallut pour cette cloche 1 645 kg de bronze, ce qui reste un poids assez faible compte tenu de la note émise, le Do3. Le poids moyen pour ce genre de cloche est de 1 850 kg. Elle fut parrainée par Jean-Baltazard Varod, Seigneur de Largillay et Coutherez, Avocat du Roi et Subdélégué de l’intendant au bailliage d’Orgelet. Sa marraine elle, est Mme sa femme, Mme Jeanne-Claude-Alexis Varod, épouse du Seigneur Claude Oyselet. Enfin, elle prit le nom de Jeanne.
…Cloche 2…
Nom N.C.
Diamètre 111,8 cm, Poids 740 kg, Fondue en 1 840 par Gédelon Morel, à Lyon, Chante le Mi3
La deuxième cloche nous provient d’une fonderie Lyonnaise, cette dernière fut fondue en 1 840 par Gédelon Morel. Cette campane possède la particularité de ne posséder aucun parrain ni marraine, alors que les frises sont prévues pour, en revanche, nous savons grâce aux inscriptions, que Mr F. Juliard à fait un grand don, ayant permis de faire fondre cette cloche, et que le maire l’ayant reçu est Mr François-Odon Charnal. Autre nom inscrit, celui de Mme M.ie (?) Perraud dont je n’ai aucune information là-dessus. Nous pouvons admirer au passage, les magnifiques décors que la cloche arbore. J‘ai estimé à l’aide de la formule de calcul, le poids de cette cloche à 740 kg. Quant à son diamètre, il dépasse légèrement les 110 cm.
…Cloche 3…
Jeanne-Françoise
Diamètre 84,0 cm, Poids 355 kg, Fondue en 1 809 par la Benoît Gardon, à Mâcon, Chante le La#3
La plus petite des cloches semble au premier abord, ne pas porter de date, cependant, et grâce aux archives fournies ici aussi par la ville, la date se trouve sur la charpente. De ce fait, nous savons qu’elle fut fondue en 1 809, par la peu connue fonderie Gardon, de Macon. En cherchant un peu sur le net, j’ai pu trouver cette petite information concernant cette fonderie: elle fut créée par Benoît Gardon, en 1 796, peu de cloches ont été fondues dans leurs ateliers. L‘usine se tourna ensuite vers la robinetterie vinicole et les objets ménagers en laiton. Nous pouvons d’ailleurs admirer le magnifique écusson de la fonderie présent sur le bas de la robe. Cette petite cloche assez criarde dans la sonnerie, du fait de sa forte amplitude de volée, par rapport aux deux autres, nous chante un La# du 3e octave. D‘un poids de 355 kg, elle possède pour parrain, Monsieur François-Lazare Babey, ancien lieutenant général du baillage d’Orgelet, et pour marraine, Madame Jeanne-Françoise Poly. Enfin, elle fut bénite par le père F.J. Charnal.
…Les Timbres…
Nous en avons désormais fini avec les cloches de volée, nous allons passer de ce pas, aux timbres situés dans le lanternon, à 50 mètres du sol. Là-haut, nous pouvons y voir 3 cloches, toutes très anciennes, mais pour deux d’entre elles, qui sont sœurs jumelles, aucune date n’est visible, mais à la vue des inscriptions et de l’usure constatée sur les cloches, nous pouvons le dire clairement, qu’elles sont prérévolutionnaires. Sur ces deux cloches, nous pouvons y lire l’inscription suivante: Iesus Maria Ioseph (Jésus Marie Joseph). Sur la face opposée, il y a une croix catholique finement décorée. Ces deux cloches pèsent respectivement 145 et 140 kg. En revanche, je soupçonne une fêlure sur la plus grosse de ces deux cloches. La plus grosse des trois a en revanche, bien plus de choses à nous raconter. Elle fut bénite et fondue en l’an 1 737. Ce timbre, fondu par Gillot Père et Fils (vraisemblablement Claude et Jacques) possède pas mal de décors et inscriptions. Cependant, nous n’avons pas de parrain et de marraine clairement identifiés, mais toute une ribambelle de noms visibles sur la cloche. Les voici: Mr Abel Magnin (Avocat au parlement, Vicomte « mayre » et lieutenant général de police de la ville d’Orgelet), Mr François Poupon (Lieutenant du « mayre »), Mr Laurent Cordier et Mr Claude-Etienne Bouquet (Echevins), Mr Claude Bidot et Claude-Marie Levrat (Assesseurs), Mr Gilbert Maillet (Procureur du « Roy »), et enfin, Mrs Babey et Gardein, tout deux conseillés.
…Timbre 1…
Nom N.C.
Diamètre 83,3 cm, Poids 340 kg, Fondue en 1 737 par Gillot Père & Fils, de Breuvannes, Chante le Sol3
…Timbre 2…
Jésus-Marie-Joseph
Diamètre 65,1 cm, Poids 145 kg, Date de fonte et fondeur N.C., Chante le Do4
…Timbre 3…
Jésus-Marie-Joseph
Diamètre 62,1 cm, Poids 140 kg, Date de fonte et fondeur N.C., Chante le Ré4
(Oubli de la photo de profil de la cloche)
…La Vidéo…
…Mes Remerciements…
Je remercie très sincèrement l’ensemble de la municipalité d’Orgelet pour les autorisations ainsi que pour les archives transmises m’ayant permis de réaliser un travail assez détaillé sur leurs belles cloches.
Je remercie très chaleureusement Mr Y. Lanis, 5e Adjoint au maire Chargé de l’environnement et du développement durable, pour son bel accueil, ses connaissances poussées sur le village, et pour l’accompagnement durant la visite du clocher. Enfin, je tiens à le remercier pour la visite de l’église en ruine de Sézéria, qui paraîtra dans un nouvel article sur le site.
Et pour finir, j’adresse mes vifs remerciements à Mr S. Viallard, Responsable Des Services Techniques à la ville, pour l’ouverture du clocher et son accompagnement également.
Visite réalisée le 25 Avril 2 025 à 13h45

















































